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JEAN-CLAUDE FÉDY OU LE RÉENCHANTEMENT DU MONDE

C’est un artiste étonnant que Jean-Claude Fédy.
Loin de proscrire, comme tant d’autres, le monde visible,
il ne cesse de le photographier partout où il passe, et
cependant sa peinture nous en propose un dépassement
dans le supra-musical qui est à proprement parler d’un
enchanteur du silence. Tenons attentif notre regard
aux surprises que nous réserve cet art insolite, et nous
devrons vite convenir que si, de nos jours, un peintre
mérite qu’on rappelle à son propos le mot de Paul Claudel,
" L’œil écoute ", c’est bien lui.

Pierre Caldéron

JEAN-CLAUDE FÉDY ODER DIE WIEDER-VERZAUBERUNG DER WELT

Ein wirklich erstaunlicher Künstler, dieser Jean-Claude Fédy.alt
Weit davon entfernt, die sichtbare Welt zu verteufeln
Wie viele andere Künstler - stellt er sie im Vorübergehen unaufhörlich dar.
Und dennoch geht seine Malerei
über sie hinaus ins jenseits von ihr liegende Musikalische
und mündet in Verzauberung der Stille.
Werfen wir einen aufmerksamen Blick
auf diese überraschende und un-erhört Kunst,und wir stellen fest : sollte Paul Claudels Wort" Das Auge hört zu "
überhaupt auf einen heutigen Maler zutreffen, dann auf ihn.

FEDY Photographiste

Est-il peintre ? sculpteur ? photographe ? Est-ce un plasticien qui voudrait modeler la musique ? ou un magicien qui transforme substances et couleurs en rythmes et vibrations ? Fédy séduit, déjoue nos sens sur les résonances du monde, nous stupéfie par les confusions de matières que sa sensibilité musicale construit minutieusement .


Ce n'est pas seulement un photographe qui émerveille notre vision habituelle des choses, en jouant de la superposition d'images peintes et photographiées, pour entrechoquer des réalités banales ou sublimer des instruments en polyphonies jaspées, pour décrypter le silence des objets simples ou exalter le fracas des espaces infinis ...

C'est un conteur qui invente son propre langage au fur et à mesure que son oreille métamorphose tout ce qui frappe son regard . C'est un interprète qui questionne notre rapport au monde dans le spectacle étonnant que la réalité nous offre de manière inattendue quand on veut bien entendre sa mélodie secrète et en comprendre les liens avec notre existence . N'est-ce pas à sa manière, un musicien et un tisserand qui, de façon subliminale, aurait enregistré l'orchestration du Chant du monde et découvert les cordes subtiles qui tissent la trame secrète des choses qui nous relie à elles ?

C'est d'abord un musicien . Les allusions explicites à la trompette ou au violoncelle ne sont pas figurées pour illustrer une réflexion, ou simplement façonner sur un tableau l'abstraction musicale . Au contraire, la représentation partielle de l'instrument n'est là que pour nous initier au mystère de notre appréhension sensible et personnelle des choses, en nous ouvrant le passage vers leur matière intime et originelle qui ne peut alors que retentir en forme de tuyaux d'orgue ou vibrer sous l'archet de l'artiste .
Les formes apparentes, reconnues, des objets que Fédy représente, se délitent, se liquéfient, se fractionnent à l'infini, ou se fondent en un magma primordial, pour nous laisser émerveillés devant l'ordre féérique de leurs structures sonores intimes, comme si les rappels à la sculpture s'évanouissaient, sans totalement disparaître, comme si le travail de l'artiste consistait, en mêlant des images ressemblantes, à transposer en formes plus libres et en couleurs éblouissantes l'harmonie cachée des choses .
Il ne s'agit pas de pure abstraction qui réduirait tout ce qui nous entoure à la seule géométrie . C'est là l'originalité de Fédy ... S'il semble abandonner la figuration, déformer le réel à la manière des surréalistes, c'est pour en exprimer l'architecture musicale interne, comme si ses dons de musicien seuls guidaient son triple travail de peintre, sculpteur et photographe .
Ce n'est pas un hasard si une boule énigmatique et récurrente focalise notre attention sur presque tous ses tableaux . Cercle imprécis et transparent ou globe compact et rétréci, cette forme ronde qui centre la composition de ses oeuvres, n'est-ce pas le coup de gong originel que Fédy transpose de tableau en tableau comme l'écho de l'Harmonie universelle qu'il entend, chaque fois de manière différente, au gré des découvertes que son regard retient dans la nature ? Ainsi, ses associations saugrenues ou ses superpositions invraisemblables ne sont jamais gratuites, mais résultent du plaisir qu'il a dans ses tableaux à faire jouer, par chaque objet à son pupitre, l'immense partition du Chant du monde .

Mais l'artiste musicien est aussi un artisan qui, sur le métier de ses tableaux, comble le point d'orgue suspendu dans la fantasmagorie de ses oeuvres, en tissant des liens lumineux qui relient notre intimité à la trame obscure des choses, objets, paysages ou personnages, comme la rosée du matin découpe les contours essentiels ou souligne les nervures sources de vie . Tout se mêle et s'entrecroise dans un tissage subtil de cordes qui vibrent sous l'archet de l'artiste qui sait tendre les fils de notre existence dans la trame de notre sensibilité à tout ce qui nous entoure .
Ainsi, les échelles et les volumes reconnaissables, les rapports habituels entre l'inerte et le vivant, tout ce que l'on croit reconnaître sur le tableau se perd dans des perspectives surprenantes voire aberrantes, quand l'objet, tronqué ou déformé par l'artiste, remonte à la surface de notre conscience des souvenirs confus ou des rêves improbables que notre expérience passée, collective ou privée, a tissés et entremêlés au plus profond de nous-même . Tout est correspondances : mais réminiscences ou visions ?

D'une pomme coupée cherche à se déplier un jardin japonais ...
D'une lueur blafarde, dans la nuit menaçante, surgit une maison ...
Un village explose sous un feu de couleurs qui se figent sur la page d'un conte russe ...
Un couple de danseurs, emporté par l'ivresse, détruit tout à l'entour ...
Des craquelures de planches usées perlent les couleurs du temps passé ...
Sont-ce des surfaces ondoyantes qui génèrent des anamorphoses,
ou la fragmentation d'une ville qui suggère la vague ultime ?
Sont-ce des stridences métalliques qui tordent des poteaux élastiques,
ou des cataractes flamboyantes qui étouffent la guitare enivrante ?
Et pourquoi le petit champignon effronté
ne bloquerait-il pas la porte à nos idées ? ..

.

Un écrou rongé par la rouille, ou un cordage tordu de sueur ... une fenêtre ouverte sur des volets fermés depuis longtemps, ou un cadre entrouvert sur les visages d'une amitié lointaine ... la silhouette du château de nos vacances perdue dans les sables de notre enfance, ou l'arabesque première de toutes les écritures que le scribe éternel retrouve dans la beauté de l'orchidée ... l'objet qui inspire Fédy n'est plus le prétexte à des divagations selon les spécificités de la peinture, de la sculpture et de la photographie . L'objet est une invitation à vivre intensément, au coeur d'un maillage subtil de synesthésies, notre place dans l'univers, quand on se laisse séduire par la symphonie des formes et des couleurs que la sensibilité d'un tisserand musicien nous révèle derrière les apparences .

Tresse enlacée aux branches de la vie, noeud bien serré dans le filet des âges, nous sommes chaque objet, tissés des mêmes liens que Fédy remaille de tableau en tableau, quand il croise la chaîne de notre histoire avec la trame occulte de la nature . Corde tendue sur le chevalet des choses, nous frémissons à l'écho, que trouble leur silence, du Chant immémorial sur les eaux primordiales .
Mais, vibrations perpétuelles au monde, nous n'atteignons pas notre équilibre, l'unisson de nos mélodies intimes dans la polyphonie universelle ... Enchantés sous l'archet de la cantilène originelle, ou éblouis par l'orgue du magnificat cosmique, nous restons inquiets devant la bouche d'ombre d'une trompette marine, et déconcertés devant la dernière image que nous propose Fédy, quand le rideau lunaire se lève sur une terre informelle, où trois passages obligés, au loin sur une mer incertaine, nous invitent et nous aveuglent dans la nuit de l'au-delà ... Mais serait-ce un clin d'oeil, trois portes possibles de la Connaissance, celles plutôt réduites de la Peinture et de la Photographie, quand la plus grande au milieu serait celle de la Musique ?

Jacques Popier

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